III/ Les influences artistiques

A/ Des influences subies...

La peinture

La peinture romantique se caractérise par son goût pour la dramatisation.
Les peintres n'hésitent plus à montrer la réalité aussi violente qu'elle puisse être. Les contrastes, la lumière et l'intensité des couleurs sont privilégiés à la place de la forme et du sujet qui étaient autrefois mis en valeur. Cet amour pour l'intensité des couleurs, nait du goût prononcé des romantiques pour l'exotisme. Les oeuvres deviennent plus libérées, quelque peu voyeuristes et des nus qui expriment la sensualité, voire la sexualité apparaissent.
La peinture romantique marque une totale rupture avec le classicisme. Les thèmes changent et la vision du monde évolue, on se libère, on ose enfin montrer la réalité, qu'elle soit brutale et violente, ou au contraire, sensuelle et libertine.
Les figures de proue de la peinture romantique sont Géricault (1791-1824), Delacroix (1798-1863) , Caspar David Friedrich (1774-1840) en Allemagne et bien d'autres encore.

Ainsi, nous allons étudier dans un premier temps l'influence qu'a eu Delacroix sur Hugo. En effet, dans son tableau La Liberté guidant le peuple(1830), Eugène Delacroix représente une des journées d'émeutes de 1830. Victor Hugo s'en inspire lorsqu'il représente la barricade de la rue de la Chanvrerie dans son roman Les Misérables (1862).
Il s'agit d'une oeuvre pleine de vitalité, d'action et d'audace. C'est un tableau imposant puisqu'il mesure 3.25 mètres sur 2,60 mètres; il représente l'union de toutes les catégories sociales de l'époque, du peuple à la bourgeoisie.
Le jeune garçon qui brandit un pistolet dans les airs a inspiré à Victor Hugo son personnage Gavroche dans Les Misérables trente-deux ans plus tard. Le personnage au chapeau présent sur le tableau devient dans l'oeuvre de Hugo, un ami révolutionnaire de Gavroche et de Jean Valjean. Il est interessant de noter que c'est l'un des rares emprunts de la littérature à la peinture dont la relation d'influence se fait généralement dans l'autre sens.

La Liberté guidant le peuple, Eugène Delacroix, 1830
La Liberté guidant le peuple, Eugène Delacroix, 1830

Ainsi, nous avons choisi de mettre en parallèle ce tableau et l'extrait des Misérables pour lequel Hugo s'est inspiré. Hugo retranscrit parfaitement le "spectacle épouvantable et charmant", épouvantable par le nombre de cadavres gisant sur le sol et charmant par la présence de la femme aux seins nus (caractéristique de la peinture romantique) représentant l'allégorie de la Liberté et brandissant le drapeau Français. Cette alliance du sublime et du grotesque est typique de l'esthétique Romantique. Le petit Gavroche "a l'air de s'amuser", pour lui, c'est un jeu, celui de la guerre; "un jeu de cache-cache" avec la mort. Les insurgés à l'arrière plan le suivent des yeux. Au milieu de toute cette souffrance et de cette douleur, le petit Gavroche à peine âgé de douze ans ne laisse apparaître aucun sentiment de peur et c'est pourquoi Hugo le qualifie "d'étrange gamin fée".

Pour ses camarades insurgés, retranchés derrière une barricade, Gavroche va ramasser sur les morts, au péril de sa vie, les cartouches non brûlées:

Les Misérables, Victor Hugo, 1862,Cinquième partie, Livre I, Chapitre XV

"Le spectacle était épouvantable et charmant. Gavroche fusillé, taquinait la fusillade. Il avait l'air de s'amuser beaucoup. C'était le moineau becquetant les chasseurs. Il répondait à chaque décharge par un couplet. On le visait sans cesse, on le manquait toujours. Les gardes nationaux et les soldats riaient en l'ajustant. Il se couchait, puis se redressait, s'effaçait dans un coin de porte, puis bondissait, disparaissait, reparaissait, se sauvait, revenait, ripostait à la mitraille par des pieds de nez, et cependant pillait les cartouches, vidait les gibernes et remplissait son panier. Les insurgés, haletants d'anxiété, le suivaient des yeux. La barricade tremblait ; lui, il chantait. Ce n'était pas un enfant, ce n'était pas un homme ; c'était un étrange gamin fée. On eût dit le nain invulnérable de la mêlée. Les balles couraient après lui, il était plus leste qu'elles. Il jouait on ne sait quel effrayant jeu de cache-cache avec la mort; chaque fois que la face camarde du spectre s'approchait, le gamin lui donnait une pichenette."

Dans un second temps, nous allons étudier l'influence qu'a eu Caspar David Friedrich sur Lamartine. Pour cela, nous allons mettre en parallèle le tableau Le voyageur au dessus de la mer de nuages (1818) avec le poème " L'Isolement " (1820) de Lamartine.On peut constater que Caspar David Friedrich et Lamartine sont très proches dans le temps.

Le voyageur au dessus de la mer de nuages, Caspar David Friedrich,1818
Le voyageur au dessus de la mer de nuages, Caspar David Friedrich,1818

Le poème de Lamartine présente de nombreux points communs avec le tableau. Il fait revivre ce tableau en le décrivant parfaitement: " blanchit déjà les bord de l'horizon ", " vaporeux " qui évoquent la mer de nuage qui envahit le " sommet " où se trouve l'homme. On retrouve ici un des grands thèmes romantiques qui est la supériorité de la Nature sur l'Homme.
Celui-ci regarde " de colline en colline " et " parcours tous les points de l'immense étendue ". Le vers " nulle part le bonheur ne m'attend " traduit la nostalgie, thème récurrent du romantisme.

"L'Isolement", Méditations poétiques, Lamartine, 1820

"(...)Au sommet de ces monts couronnés de bois sombres,
Le crépuscule encor jette un dernier rayon,
Et le char vaporeux de la reine des ombres
Monte, et blanchit déjà les bords de l’horizon.
(...)
De colline en colline en vain portant ma vue,
Du sud à l’aquilon, de l’aurore au couchant,
Je parcours tous les points de l’immense étendue,
Et je dis : « Nulle part le bonheur ne m’attend. »"

Méditations poétiques, Lamartine, première page de couverture de la collection Poésie Romantique
Méditations poétiques, Lamartine, première page de couverture de la collection Poésie Romantique

D'ailleurs comme on peut le constater ci-dessus, la collection Poésie Romantique a choisit pour première de couverture le tableau de Caspard David Friedrich pour illustrer les Méditations Poétiques.

La musique

La musique romantique suscite l'émotion et bouleverse. L'orchestration devient plus audacieuse et élaborée. Les romantiques inventent des sonorités particulièrement colorées qui traduisent leur goût pour l'exotisme et évocatrices des sentiments comme le fait Mozart (1756-1791), qui va servir de modèle à toute la génération romantique.
Ludwig van Beethoven ( 1770-1827), compositeur allemand, écrit des oeuvres qui s'étendent chronologiquement de la fin du classicisme au début du romantisme. Ces oeuvres vont marquer le début du romantisme musical.
En France, cette musique nouvelle fut ignaugurée par Berlioz (1803-1869) dont la Symphonie fantastique et la Damnation de Faust proposent des riches sonorités et un rythme tantôt doux et poètique, tantôt fougueux et tourmenté.

On peut penser que Hugo fut inspiré par Berlioz. Étant nés à une année d'intervalle, les deux romantiques font connaissance et créent entre eux des liens d'amitié. Le poète admire les créations du musicien qui comme Hugo,vouait une admiration sans bornes à Beethoven.L’histoire a rapproché l’auteur d’Hernani et celui de la Symphonie fantastique, puisque les deux œuvres emblématiques du romantisme français, qui auront chacune été à l’origine d’une révolution et qui auront toutes les deux suscité les passions les plus extrêmes, ont été créées la même année, en 1830, à quelques semaines d’intervalle. Hugo avait aussi une grande prédilection pour la musique allemande : comme beaucoup de ses contemporains, il admirait le Freischütz, le grand opéra romantique de Weber représenté dès 1825 à Paris. Par ailleurs, dans un ouvrage de 1864, l’essai intitulé William Shakespeare, Hugo consacre, chose assez rare dans ses livres, quelques pages à la musique, et plus particulièrement à la musique allemande. Pour lui," la musique est le verbe de l’Allemagne" : " Le choral de Luther est un peu une marseillaise." Hugo s’attache à trouver qui fut le plus grand homme de l’Allemagne :
" Aussi peut-on dire que les plus grand poètes de l’Allemagne sont ses musiciens, merveilleuse famille dont Beethoven est le chef."
Outre cette immense admiration pour Beethoven, Hugo comptait parmi les compositeurs de son époque plusieurs amis dont il appréciait le talent, et qui appartenaient à cette première génération de romantiques, si féconde en génies artistiques.

Quant à Lamartine, il fut peu inspiré par la musique

Hugo et Lamartine ont été très influencé en peinture et en musique cependant l’influence qu’ils ont suscitée a été beaucoup plus considérable.

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